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La rémunération des labels indépendants par le streaming

Le streaming est devenu le nerf de la guerre pour les maisons de disque (doit-on toujours les appeler ainsi d’ailleurs ?), mais aussi pour les artistes.

« Entre 2011 et 2012, les revenus mondiaux du streaming ont doublé et les marges de progression demeurent fortes pour l’avenir » pouvait-on lire sur le site du Monde dans un article intitulé « Le streaming donne un peu d’air à l’industrie musicale » publié le 23 juillet 2013.

Selon la RIAA, le syndicat des producteurs de musique américain, les principales plateformes de streaming ont généré des revenus qui ont dépassé un milliard de dollars en 2012.

Et d’après le dernier rapport du Snep, le streaming représentait 42% des revenus de la vente de musique numérique en France, en 2012.

Streaming et téléchargement

Mais à qui ces revenus profitent-ils ?
« Bien que promis à une forte croissance, le streaming introduit un changement de paradigme dans l’économie de la musique qui prive les acteurs les plus fragiles de l’industrie phonographique de toute perspective de retour sur investissement » rétorquait Philippe Astor sur le site de l’Electron Libre dans un article intitulé « La bataille du streaming ne fait que commencer », le 19 juillet dernier.

Il précisait également que Thom Yorke et Nigel Godrich avaient retiré tous les morceaux d’Atoms for Peace (leur projet commun) de toutes les plateformes de streaming parce qu’ils trouvaient que les revenus générés étaient trop faibles « pour des artistes émergents ou de niche dont la faible notoriété ne leur permet pas d’agréger des millions d’écoutes. »

Par ailleurs, il se dit que les majors négocieraient en amont de gros contrats avec les plateformes, et que par conséquent les labels indépendants seraient moins bien rémunérés !
Les montants négociés par les plus gros restent confidentiels, bien évidemment.
Mais alors, combien gagnent les structures indépendantes grâce au streaming ?

 

Sur des chiffres relevés entre le 1er janvier 2013 et le 31 août 2013, Deezer reverse en moyenne 0,0062 euro par stream aux labels indépendants. Rémunération de laquelle il faut retirer les 30% de marge du distributeur (Believe, Idol…), ce qui revient, en moyenne, à 0,0043 euro par écoute.

Pour Spotify, sur la même période, la rémunération moyenne est de 0,0063 euro par stream. Sans la marge du distributeur, le revenu moyen par écoute est de 0,0044 euro.
La plateforme suédoise reverserait ainsi 70 % de ses revenus.

Quand on parle de streaming, on ne pense pas forcément aux sites de partage de vidéos, or Youtube et Dailymotion, pour ne citer que les deux plus importants, sont devenus un excellent moyen pour diffuser de la musique, même sans clip.
En France, le revenu moyen d’une vue monétisée sur Youtube serait d’environ 0,0004 euro, et de 0,001 euro sur Dailymotion.
Même si les revenus sont extrêmement faibles comparé aux plateformes de streaming, ces sites donnent plus d’exposition.

Dans un article publié dans The Guardian, Martin Goldschmidt, fondateur et manager de Cooking Vinyl précisait qu’il pouvait obtenir en moyenne 5000 dollars par million de vues sur Youtube (soit 0,005 $ par vue), sous certaines conditions.
Les labels s’attendent ainsi à ce que YouTube devienne la source de revenue issue du streaming la plus importante dans un avenir proche.

Google Play Music

Bannière Google Play Music

Si Google vient de se lancer dans la course au streaming avec Google Play, ce n’est pas pour rien. C’est, selon Christophe Plebois, journaliste au Nouvel Observateur, « parce que le nombre d’abonnés et les revenus associés au streaming sont en pleins boom : le moteur de recherche espère bien en tirer profit en obtenant lui aussi sa part du gâteau ».
Le géant américain propose une offre payante uniquement (à 9,99 euros par mois) sans alternative gratuite, contrairement à ses concurrents.
Dans son article intitulé « Google Play Music, Spotify et Deezer : et si l’avenir du streaming, c’était le premium ? », le journaliste parle d’une rémunération de 12 centimes d’euros pour 100 morceaux streamés (soit 0,0012 € par écoute).

L’autre géant itunes devrait prochainement se lancer dans l’aventure également, avec iRadio. Selon Billboard, Apple devrait payer 0,0013 dollars par lecture, auxquels s’ajouteraient 15% des recettes publicitaires nets, la première année. Revenus qui pourraient légèrement augmenter les années suivantes.
Autre information importante communiquée dans l’article : les titres zappés dans les 20 premières secondes par les utilisateurs ne seront pas pris en compte.

Microsoft a également investi le marché depuis peu. Xbox Music est désormais disponible en France. Mais il est encore trop tôt pour connaître la rémunération précise de la plateforme. Idem pour Napster qui revient en France, via sa filiale américaine Rhapsody. Tout comme Google, ce dernier propose uniquement des abonnements payants (à 9,95€/mois).

Napster par Rhapsody

Offre de Napster

D’autres plateformes de streaming sont uniquement présentes aux Etats-Unis, comme Pandora et iHeart. Selon Techcrunch, le premier propose 0,0012 dollars par morceau streamé, alors que le second paye environ 0,0022 dollars par écoute.

La rémunération par écoute par plateforme de streaming
Pour la conversion dollar/euro, nous avons pris en compte le cours au 5 septembre 2013, soit 1 € = 1,316 $

 

Le marché de la musique en ligne est colossal et les revenus importants attirent de plus en plus d’acteurs.
Avec l’arrivée de géants comme Google, Miscrosoft et Apple, ça risque de devenir difficile pour les plus petits (Deezer et Spotify en tête). Il n’y aura peut-être pas de place pour tout le monde. Et surtout, le danger est que cette concurrence accrue tire les prix vers le bas et donc diminue les gains déjà faibles des petits labels, à moins que les comptes payants se démocratisent.*

L’ Adami (Société civile pour l’Administration des Droits des Artistes et Musiciens Interprètes) s’en inquiète : « Dans un avenir proche toute la chaîne de production et de diffusion culturelle sera concentrée entre les mains de quelques-uns. Apple et Google ont le pouvoir sur le prix public et imposent leurs conditions pour l’accès aux contenus. C’est une grave menace pour la diversité économique et artistique ! ».

Les revenus issus du streaming sont déjà très variables d’une plateforme à l’autre. C’est Youtube qui offre la rémunération la plus faible. Le site de partage de vidéos propose 15 fois moins que Spotify, qui offre le meilleur revenu moyen par écoute.

Il ne faut pas oublier non plus que les plateformes de streaming permettent ensuite aux internautes de télécharger les titres qu’ils écoutent. Ce qui engendre des revenus complémentaires.

Une équipe de chercheurs de l’université de Rennes et du laboratoire Marsouin a sondé 2000 personnes, en 2012, pour étudier les effets du streaming. « Nos conclusions montrent qu’utiliser les plateformes de streaming a un impact positif sur l’achat de musique en ligne et la fréquentation des concerts des artistes nationaux et internationaux » écrivent les trois chercheurs. « Le streaming apparait ainsi comme un nouveau mode de prescription musicale pour l’achat de musique numérique sur le modèle de la radio et de la TV pour l’achat de musique « physique » ».

 

*Voir l’article du Nouvel Observateur sur le sujet : « Qui veut la peau de Deezer et Spotify ? »